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Par Régis Soubrouillard, Marianne, Samedi 01 Novembre 2008

Le déclenchement par Washington de la guerre contre le terrorisme en 2001 a vu la montée en puissance de sociétés militaires privées et leur cortège de bavures mortelles. Une tendance à la « la privatisation de la guerre » que décrypte Jean-Jacques Cécile, un ancien membre des renseignements dans son livre Les chiens de guerre de l’Amérique.



Une unité de Blackwater (Capture d'écran)

Une unité de Blackwater (Capture d’écran)
La guerre contre le terrorisme déclarée par l’administration américaine et les conflits de ces dernières années ont vu l’essor d’une nouvelle catégorie d’acteurs connus sous le nom de sociétés militaires privées. Celles-ci assurent, en temps de guerre, diverses missions de sécurité et de soutien militaire. Dans Les chiens de guerre de l’Amérique Jean-Jacques Cécile, ancien membre d’une unité spéciale de renseignement militaire, enquête au cœur de ces sociétés. Apparues dans les années 1970, elles trouvent de nouveaux débouchés ces dernières années dans la sous-traitance, notamment l’entraînement des forces et le renseignement.

Une meute de chiens de guerre sans retenue
Devenu un secteur commercial banalisé, « le conseil militaire est tombé dans la marmite de la globalisation, situation générant de nombreux effets pervers » écrit l’auteur.
La plupart de ces sociétés recrutent dans les pays du tiers monde afin de tirer les coûts vers le bas, à la grande satisfaction des puissances occidentales engagées sur des terrains d’opération et confrontées à des opinions publiques de plus en plus sensibles au retour de leurs soldats dans des cercueils…

« Place à un monde où les entreprises louant la soldatesque au plus offrant occupent le haut du pavé au détriment des des militaires en uniforme. (…) En abusant de ces auxiliaires à la moralité douteuse, le pouvoir américain envoie au monde un message brouillé. Peut-on véritablement prétendre remplacer à Bagdad ou à Kaboul, l’obscurantisme par la démocratie en y lâchant une meute de chiens de guerre agissant en dehors de tout contrôle sans aucune forme de retenue ? » interroge vertement Jean-Jacques Cécile dans son introduction.

Vers la privatisation de l’outil militaire
Ces sociétés sont aussi un symptôme des mutations de ce monde. Elles n’ont aujourd’hui plus grand chose à voir avec le mercenariat traditionnel. Nombre d’entre elles sont cotées en bourse, elles réalisent d’énormes chiffres d’affaires et représentent un tiers du budget opérationnel du Pentagone en Irak. La traduction d’un mouvement de fond de privatisation de l’outil militaire qui n’est pas sans conséquences. Blackwater, l’une des sociétés américaines les plus importantes, fondée en 1996 par Erik Prince, un millionnaire chrétien conservateur proche des républicains, a été impliquée dans « 56 incidents ayant occasionné l’utilisation d’armes à feu. Avec un ratio nettement plus élevé que les autres sociétés » selon les propres chiffres du Pentagone.

La plupart de ces sociétés ont développé de véritables stratégies de marketing et de communication, mettant en avant leur savoir-faire mais aussi les ponts d’or offerts aux anciens de l’US Army alors que cette logique mercantile « passe par le recrutement de cohortes de pauvres hères invités à aller se faire trouer la peau pour un salaire de misère souvent amputé des prébendes versées sous la contrainte à des intermédiaires peu scrupuleux ».


Les nouveaux mercenaires ont pignon sur rue… et délocalisent
Un secteur qui se diversifie
Au fil des pages, l’auteur passe en revue les diverses activités de ces sociétés qui répondent aux doux noms de black hawk, dyncorp, blackwater, recruitmilitary, Control Risks. Le marché du conseil militaire est multiple : entraînement, soutien logistique, assistance technique, renseignement, recrutement, activités post-conflit. Des marchés signés à coups de millions de dollars de par le monde, et qui traînent leur cortège de bavures.

Pourtant, dans un monde où les conflits asymétriques sont légion, l’avenir de ces sociétés de sécurité n’est pas assuré. Trop dangereux ! Certaines entreprises jettent l’éponge, d’autres ont rempli leur contrat. Les opportunités commerciales s’étant graduellement raréfiées en Irak et en Afghanistan, les sociétés privées de sécurité cherchent désormais des contrats auprès des armateurs, dont les cargos sont en butte aux attaques de plus en plus fréquentes de pirates. Les boîtes de sécurité se diversifient aussi dans des activités plus ludiques, commercialisant leurs services dans un but récréatif.

Défense publique ou entrepreneurs de guerre ?
Autre marché d’avenir, les catastrophes naturelles. Des dizaines de sociétés de sécurité ont «débarqué» à la Nouvelle Orléans suite aux inondations de 2005, certaines jouant le rôle de police de substitution : «nous pouvons procéder à des arrestations et faire usage de la force même pour tuer» témoigne un employé de Blackwater.

Cette propension à s’en remettre à des entreprises privées interroge à tout le moins ce désengagement de l’Etat car le recours à des sociétés privées a pour effet de mêler des logiques économiques à l’organisation de la guerre. Le livre de Jean-Jacques Cécile, par les multiples exemples délivrés interroge la pertinence d’une telle démarche tant les priorités, les objectifs politiques et les logiques économiques d’une société privée diffèrent de celles d’un gouvernement ou d’une armée.

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